TÉMOIGNAGES SUR LA VIE DE SAMBA DIADANA N’DIATH


TÉMOIGNAGES SUR LA VIE DE SAMBA DIADANA N’DIATH




Nota bene: Ce document édité à partir des preuves d'archives existantes nous a été gentiment donné par notre père Thierno Babacar N'Diath petit fils de Thierno Samba.


RAPPORT N° 686 DU 16 AVRIL 1890 DE MONSIEUR CLEMENT THO, GOUVERNEUR DE LA COLONIE DU SENEGAL A MONSIEUR LE SOUS-SECRETAIRE D’ETAT AUX COLONIES A PARIS
Il y a plus d’un an un marabout Toucouleur nommé Samba Diadana, après avoir tenté une première aventure dans le Baol, s’établissait sur la rive droite du fleuve Sénégal en face du village de Cas-Cas dans le Lao, et commençait aussitôt à faire une propagande religieuse très active dans les pays avoisinants.
Au bout de quelque temps, il arrivait à avoir un petit village et son premier soin était de l’entourer d’une muraille de terre, d’un « TATA » et de creuser un puits à l’intérieur de l’enceinte. Ces deux mesures témoignaient, l’une et l’autre, l’intention peu pacifique confirmée par un redoublement de propagande dans les environs. Enfin, cette année Samba Diadana avait autour de lui 700 fusils et les villages de Dioudé Diabé, Cas-Cas et Bababé qui commençait à se déclarer presque complètement et ouvertement solidaires avec lui.
Il était bien difficile de faire une colonne contre prêcheur, étant donné l’absence presque complète de troupes au Sénégal et la nécessité de surveiller en même temps les évènements du Baol, dont je vous entretiendrai dans un rapport spécial.
D’un autre côté, il devenait dangereux pour la tranquillité et la sécurité des opérations commerciales de laisser se développer un nouveau prêcheur de guerre sainte, qui n’aurait pas de problème à avoir tout le Fouta avec lui. Nous aurions eu alors une nouvelle édition de la campagne contre Mamadou Lamine, ce qu’il faut éviter à tout prix.
L’Administrateur de SALDE, Monsieur ALLYS, sous les ordres duquel se trouve placé le territoire du Lao, après étude de la question et entente avec les chefs indigènes du voisinage, s’assura que la question pourrait se régler par la seule intervention des contingents du Toro, du Lao et des Yirlabés. De cette façon, je pourrai garder nos troupes prêtes à intervenir soit au Fouta soit au Baol.
Quelques subsides furent donnés sur les fonds de la Caisse politique aux chefs pour se procurer de la poudre et des balles et peu de temps après, Ibra Almamy, chef du Lao, attaquait le marabout.
L’affaire fut assez chaude. Ibra Almamy eut un de ses frères tué, un autre grièvement blessé. Lui-même eut un cheval tué et reçut deux balles : une dans la poitrine et une autre dans le bas-ventre.
Le marabout, malgré l’aide des gens de Cas-Cas qui passèrent le fleuve pendant le combat, eut le dessous et fut obligé de se réfugier dans son « TATA » laissant 60 morts sur le terrain.
Ibra Almamy bloqua immédiatement le village aidé par les maures « TOUABIRS » ou « Cavaliers » et des gens du Toro. Au bout de quelques jours de siège, Samba Diadana, sentant la partie perdue, et sachant qu’il ne tarderait pas à être affamé, s’échappa de nuit et réussit avec quelques fidèles, à passer les lignes. Il se réfugia chez les Halaybés qui, au début refusèrent de le rendre, mais en présence d’une démonstration de force du LAM TORO, de l’ALMAMY  et de nos menaces, se décidèrent à le chasser de leur territoire.
Samba Diadana chercha alors à gagner le Djoloff puis changea brusquement d’idée. Il repassa sur la rive droite pour s’enfoncer dans le désert. Signalé aussitôt, il ne tarda pas à être rejoint et pris.
Les maures « OULAD NALMACH » lui coupèrent la tête qu’ils apportèrent dans un sac à SALDE. Aujourd’hui, l’affaire est terminée ; les adhérents du marabout se sont dispersés. Quant aux Halaybés et les gens de Cas-Cas………… ils implorent le pardon de leurs chefs respectifs et j’entremets pour que la punition, qu’ils ont d’ailleurs parfaitement méritée, ne dépasse pas les bornes.
Monsieur ALLYS, Administrateur provisoire du Cercle de SALDE a conduit toute cette affaire avec beaucoup d’adresse.
Monsieur le Sous-secrétaire d’Etat, je vous avais déjà signalé ce fonctionnaire très méritant. Connaissant admirablement les gens du Fouta et jouissant d’une très grande influence personnelle auprès des chefs, Monsieur ALLYS vient de démontrer, une fois de plus, qu’il est bien comme je vous l’ai écrit «  A RIGHT MAN IN THE RIGHT PLACE » et je vous demande instamment de bien vouloir le récompenser pour ses bons services en le nommant Administrateur Titulaire.
Je vous demanderai aussi de bien vouloir décerner à Ibra Almamy du Lao, pour le courage et le dévouement dont il vient de faire preuve, la Croix de Chevalier de la Légion d’Honneur au titre indigène. Ibra Almamy est un homme énergique qui a toujours marché avec nous dans nos campagnes contre Abdoul Boubakar.  C’est un de nos meilleurs et utiles alliés, il vient de le montrer encore.
Une médaille d’honneur en argent accordée à son frère qui a été blessé, il s’agit d’Amadou KOUREF, augmenterait beaucoup le contentement qu’Ibra aurait de se voir récompenser.
Pour le LAM TORO, il est nouvellement nommé et n’a pu jouer dans cette affaire un rôle aussi actif Qu’Ibra Almamy.
Cependant, nous devons tenir compte de ce qu’il n’a pas hésité à marcher avec nous malgré la résistance plus ou moins ouverte de quelques-uns des notables de son pays. Il serait de bonne politique de lui donner une médaille d’or de 2ème classe.

ETUDES SUR L’ISLAM AU SENEGAL par PAUL MARTY
TOME I – LES PERSONNES
PARIS – ERNEST, EDITEUR 28, RUE BONAPARTE VIème  (1917)
MONSIEUR JEANDET, ADMINISTRATEUR
La Famille de Samba Diadana N’DIATH à Cas-Cas
Ce marabout, fils spirituel d’EL HADJ OMAR, se proclame MAHDI vers 1888. Il faisait courir dans tout le Fouta le bruit suivant, ainsi qu’en rendait compte IBRA ALMAMY au commencement de 1890 :
« Je suis prophète de Dieu, j’ai la même mission que les anciens. Je changerai la situation du pays en peu de temps avec l’armée que Dieu m’a confiée et je ferai en sorte que la religion musulmane soit au-dessus de toutes les religions de l’Univers ».
Ces paroles excitaient les gens du pays, qui disaient : « ce marabout est plus capable qu’EL HADJ OMAR et fera certainement plus que ce dernier, par conséquent nous devons l’aider »
Le Canton des HALAYBES fut agité pendant deux (2) ans par ce prédicateur. A cette date, Ibra Almamy, chef du Lao et Abdoul Lam Toro furent invités à rétablir l’ordre ; ils marchèrent sur Cas-Cas à la tête de leurs troupes et durent entreprendre un véritable siège pour venir à bout des révoltés. Le MAHDI fut pris et eut la tête tranchée sur place ; les fidèles se dispersèrent.  La colonne chargée de la répression subit de nombreuses pertes ; Ibra Almamy y eut quatre de ses frères tués ou blessés.

TELEGRAMME N° 147 DU 10 AVRIL 1890
ADMINISTRATEUR DE SALDE A DIRECTEUR AFFAIRES POLTIQUES  SAINT-LOUIS
« IBRA ALMAMY blessé de deux balles, une dans la poitrine, une autre dans le bas-ventre ; son frère BIRANE ABDOUL tué devant « TATA » ; son frère AMADOU KOURY blessé en pleine poitrine. Je demande la Légion d’Honneur pour IBRA AMAMY, qui du reste, l’a gagné depuis longtemps ».

TELEGRAMME N°131 DU 5 AVRIL 1890
ADMINISTRATEUR SALDE A DIRECTEUR AFFAIRES POLITIQUES  SAINT-LOUIS
« Justice est faite ; la tête du Prêcheur de guerre sainte, SAMBA DIADANA m’a été portée dans un sac. En présence de ce fait, j’estime arriver assez promptement à la pacification de Cas-Cas, mais je demande que PODOR reçoive ordre formel de me laisser seul régler cette affaire avec IBRA et LAM TORO, au lieu d’accueillir les envoyés des révoltés et de leur offrir résidence à ALVAR, offre contraire au Traité de Protection du Lao ».

TELEGRAMME N° 128 DU 3 AVRIL 1890
ADMINISTRATEUR SALDE A DIRECTEUR AFFAIRES POLITIQUES  SAINT-LOUIS
« Vais envoyer demander à IBRA ALMAMYsi ses gens réunis à ceux du LAM TORO se croient assez forts pour attaquer HALAYBES qui éprouvent révolte Cas-Cas et méritent même punition ; attends réponse demain après-midi ».
LETTRE DE IBRA ALMAMY, CHEF DU LAO
(Reçue le 6 Mai 1890)
Louanges à Dieu l’Unique ! Que son salut et sa bénédiction soient sur le Prophète après lequel il n’y a pas d’autres envoyés. De la part d’IBRA ALMAMY MOHAMED BEN ALMAMY BIRANE au Gouverneur du Sénégal et dépendances ; salut respectueux et complet. La lettre est pour te dire que je me porte bien et je souhaite qu’il soit de même pour toi et pour tous les principaux Chefs Français.
Je te remercie des bienfaits dont tu m’as comblé et de l’amour que tu as pour mon pays. Mon frère ABDEL HADJJ te racontera l’opinion qu’avaient les gens du Lao et principalement les gens des villages suivants :
  • DIOUDE DIABE
  • DOUNGHELE
  • CAS-CAS
Les habitants de ces trois villages sont ceux qui ont combattu contre moi et qui n’ont jamais voulu obéir à mes ordres quoique je sois leur chef.
L’intention de l’élève Tidjani  SAMBA DIADANA, était de troubler le pays et d’y mettre le désordre. Il envoyait des hommes aux gens du Lao, Yirlabés, Bossoyabés et Damga pour leur dire ceci : « je suis le prophète de Dieu ; j’ai la même mission que les anciens ; je changerai la situation du pays en peu de temps avec l’armée des anges que Dieu m’a confiée et je ferai de sorte que la religion musulmane soit au-dessus de toutes les religions de l’Univers, etc. »
 Ces paroles excitaient les gens du pays, qui disaient : « ce marabout est plus capable qu’EL HADJ OMAR et fera certainement plus que ce dernier, par conséquent nous devons l’aider ».
Si on n’avait pas coupé court aux agissements de ce fauteur de trouble, il aurait parfaitement pillé les traitants sur se trouvent à Cas-Cas et aurait massacré tout le monde.
Les gens de Cas-Cas avaient pillé un chaland qui remontait le fleuve, prétendant que ce bateau appartenait aux français. Je les ai engagés à la restitution de ce qu’ils y avaient pris et j’ai réussi à leur faire rendre une partie.
Je porte à ta connaissance que le combat qui vient d’avoir lieu entre moi et Thierno Samba Diadana je l’ai fait pour toi et pour les bons savants du Fouta que ce faux prophète voulait écraser. Si tu vois que les gens de Cas-Cas ne sont pas encore rentrés à leurs domiciles, c’est parce qu’ils disent être sous le commandement de l’Administrateur du Cercle de Podor. Si ce n’était pas cela, il y a longtemps, qu’ils seraient de retour chez eux. Je crois qu’il est nécessaire de punir les gens de Cas-Cas et les forcer à rentrer chez eux, car ce serait un bon exemple pour les autres, à l’avenir.
Je viendrai à Saint-Louis te voir quand j’aurai fini de régler toutes mes affaires.
Source : Archives Nationales du Sénégal

PROVERBES ET MAXIMES PEULS ET TOUCOULEURS
PAR HENRI GADEN, ANCIEN GOUVERNEUR DES COLONIES
PARIS 1931, PAGE 330-1

« AN DEI, KA SULEI SAWA DEM »
« Toi, certes tu es un Souleï fils de Sawa Dem ! Se dit dans le Fouta Central pour faire comprendre, sans méchanceté, à quelqu’un, qu’il n’est qu’un intrus qui s’immisce dans les affaires dont il n’a pas à se mêler »
Ce Marabout, Thierno Samba Diadana, originaire de MADINA NDIATHBE et qui avait été avec SAER MATY jusqu’à la destruction de la puissance de ce dernier par nos armes en 1887, avait obtenu, d’IBRA ALMAMY Chef du Lao, l’autorisation de fonder un village à GAWDAL KOLDY près d’Aéré M’Bar, non loin de Cas-Cas. Il venait de se déclarer indépendant en 1881 et IBRA ALMAMY marchait contre lui avec ses contingents pour le réduire.

Commentaires

  1. Merci beaucoup pour ce blog très important. Ça nous permet de conserver les documents importants. Du courage et bonne continuation.

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    1. C'est triste yurmende Allah wonemabe kanbe maybe julbe fof

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